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Ce mardi, les Californiens votent pour ou contre la légalisation de la marijuana. Une première dans le pays. Les lobbies s’affrontent pour influencer les électeurs. La guerre de la marijuana continue… dans les urnes.

C’est à Oakland, dans la baie de San Francisco, que les pro-légalisation ont installé leur QG. Dans le local d’une centaine de m2 règne une atmosphère de campagne politique. Bénévoles, salariés et activistes se démènent sous les ordres de lobbyistes aguerris. Comme le New-yorkais James Riegdon, 30 ans, qui a fait ses preuves dans le staff d’Obama en 2008 et qui a été recruté comme directeur de campagne pour la légalisation de la marijuana. “Pour moi, l’élection d’Obama et la légalisation de la marijuana s’inscrivent dans la même dynamique : une Amérique plus ouverte, plus tolérante”, explique-t-il entre deux réunions.

Dans ses équipes, pas de fumistes mais des jeunes volontaires et déterminés. David Meiler, jeune écrivain de 22 ans, est lui aussi venu de la côte Est pour participer bénévolement à la campagne. Derrière son bureau, lunettes de soleil, un écouteur dans une oreille et un téléphone dans l’autre, il enchaîne les coups de fil aux électeurs. Plus de 10 000 appels en un mois. “60% des personnes que j’ai contactées se disent favorables à la légalisation”, se réjouit le gaillard.

A quelques mètres du QG se trouve le bureau du “guru” de cette campagne dans la désormais fameuse université d’Oaksterdam. Dans un immeuble de 2 000 m2, les “étudiants” apprennent à cultiver la marijuana dite médicale dont la vente en coffee shop est autorisée depuis 1997 sur simple ordonnance. L’activiste Richard Lee, 47 ans, a fondé cette université en 2007 à deux pas de la mairie d’Oakland. En 20 ans de militantisme, cet ancien chauffeur du groupe Aerosmith, qui se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant, a fondé à Oakland un véritable empire de la marijuana médicale qui génère 7 millions de dollars de chiffres d’affaires par an. Il est à l’origine de la “proposition 19” soumise au vote le 2 novembre et qui prévoit la légalisation et la taxation de la marijuana par l’Etat de Californie. Il a personnellement investi 1,5 million de dollars pour rassembler les 430000 signatures nécessaires à l’organisation du vote et pour soutenir la logistique de la campagne.

Budget contre budget

Activiste, businessman, politique, lobbyiste, Richard Lee multiplie les collectes de fonds en faveur de la légalisation. Plus de 1 800 petits donateurs ont contribué à la campagne. Pour le moment, le camp pro-marijuana a récolté près de 4 millions de dollars. Parmi les principaux donateurs, les co-fondateurs de Facebook Sean Parker et Dustin Moskovitz, ainsi que Philip Harvey, leader du X et des sex toys, qui a versé 100 000 dollars. “La guerre de la drogue est un échec total aux Etats-Unis et une dépense considérable”, lâche Harvey avant d’ajouter : “C’est comme la guerre en Irak, il faut savoir se retirer”. Mais la plus grosse donation a été versée la semaine dernière. Le philanthrope George Soros a roulé un chèque d’un million de dollars pour supporter la légalisation.

En terme de budget, les partisans de la légalisation pilotés par Richard Lee écrasent les lobbies anti-marijuana et leur 312000 dollars glanés entre autre auprès des lobbys de l’alcool qui ont versé la maigre somme symbolique de 10 000 dollars. Il est clair que la légalisation marque l’entrée sur le marché d’une nouvelle substance qui pourrait faire du tort à l’industrie de l’alcool qui de surcroît “n’est pas prête à tolérer des employés défoncés à l’herbe”, dixit un porte-parole. Et la Chambre du Commerce de Californie vient de claquer plus de 300 000 dollars pour diffuser ses spots publicitaires anti-marijuana sur les radios de l’Etat. La légalisation du pétard va-t-elle générer une baisse de la productivité californienne ? Aucune étude fiable n’a filtré…

“Utopie ou pub mensongère”

On a besoin de plus d’argent pour contrer les partisans de la légalisation de la drogue”, martèle le porte-parole de la campagne anti-légalisation, Roger Salazar. Les tendances des derniers sondages sont en sa faveur avec 49% contre la légalisation et 42% favorables. Mais avec des millions de dollars, tout est possible… Et les ennemis de la marijuana sont peu généreux. L’Association californienne des officiers de police des stupéfiants a donné 30 000 dollars pour soutenir cette campagne tout comme le groupe des officiers anti-narcotiques qui a versé 20 500 dollars.

Pourquoi est ce que la Californie voudrait légaliser encore une substance qui fait planer ? La marijuana est une drogue. Et ce n’est pas des millions de dollars qui vont acheter la légalisation”, s’agace le lobbyiste John Lovell quand on lui demande s’il y croit vraiment. En tant que représentant de l’Association des flics californiens, la proposition 19 est pour lui une “légalisation des activités des cartels mexicains en Californie” qui tirent environ 60% de leurs revenus du trafic de marijuana. “Les supporters de la légalisation croient que l’herbe va sauver l’économie de la Californie et surtout mettre fin à la violence au Mexique et aux USA en résorbant le trafic illégal de drogue. Ils sont soit dans l’utopie soit dans la publicité mensongère.

Dessin d’Oliv’ - JPG - 26 ko

Dessin d’Oliv’

Les partisans de la proposition 19 tentent d’enfumer les Californiens avec des promesses à tout-va ? Fort probable notamment quand ils avancent que la marijuana pourrait bien sauver l’économie de la Californie. Un argument qui trouve un certain écho auprès des électeurs. Car la Californie peine à se remettre de la crise financière et est minée par une dette de 18 milliards de dollars. Selon les études prévisionnelles, la légalisation rapporterait 1,4 milliard de dollars par an à l’Etat de Californie à travers les taxes. Mais le gouverneur Arnold Schwarzenegger n’y croit pas vraiment et a éliminé l’argument économique des lobbies pro-légalisation en déclarant que ça ne générerait pas assez de revenus.

D’ailleurs, pour Schwarzy, la légalisation de la marijuana ferait de la Californie la “risée” des autres Etats du pays et voudrait bien que cette affaire termine en pétard mouillé.

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L’administration Obama reste hostile à la dépénalisation de la drogue. Mais la Californie songe à légaliser et à taxer l’usage de la marijuana. Histoire de combler le budget.
Tags: californie, usa

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