AFP | 12.11.10

La grève de la faim prolongée de Bernard Rappaz, chef de file des partisans suisses de la légalisation du haschich hospitalisé dans un état grave, est devenu une affaire d’Etat opposant juges, médecins, et hommes politiques helvétiques.

“Une solution humanitaire pour sauver Rappaz ?” s’interroge le journal La Tribune de Genève, tandis que le quotidien Le Temps publie un “appel poignant à +inventer une sortie de crise politique+”.

Transféré le 21 octobre au quartier carcéral de l’hôpital de Genève en raison de son état de santé, l’agriculteur moustachu de 57 ans aux longs cheveux grisonnants qui milite pour la libéralisation du chanvre indien, a passé plus de 75 jours consécutifs sans alimentation.

Comme le souligne Le Temps, “la seule solution pour éviter l’abîme (est) politique”, juges et médecins s’opposant sur l’alimentation forcée.

“Il pèse désormais 60 kg contre 90 lors de son incarcération en mars”, a indiqué jeudi à l’AFP son avocat, Aba Neeman.

Entré en prison le 22 mars pour purger une peine de cinq ans et huit mois pour violation grave de la loi sur les stupéfiants et blanchiment d’argent, M. Rappaz conteste sa peine par des grèves de la faim et refuse toute assistance médicale en cas de coma.

“Si les médias en parlent, la grève devient un événement et l’opinion publique, prise à partie, devient une instance de jugement (…) pour éviter que le pire ne se réalise”, a expliqué à l’AFP Pascal Viot, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

“La phase qui souvre aujourdhui, où le registre humanitaire simpose à toute autre considération, est en général le moment où les choses se débloquent (…) avec l’ouverture en coulisse d’un round de négociations en coulisse”, poursuit-il.

Alors que le tribunal fédéral (cour suprême) a déclaré quil incombait à lautorité dexécution des peines dordonner une alimentation forcée lorsque cela est nécessaire, les médecins estiment que cette méthode est en contradiction avec le principe du “respect absolu de la volonté dun patient capable de discernement”.

“Les autorités politico-judiciaires prennent en otage le corps médical en lui intimant l’ordre de nourrir de force un gréviste de la faim incarcéré, pratique contraire à l’éthique médicale”, a déclaré à l’AFP le directeur de l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Genève, Alexandre Mauron.

“La justice voudrait faire des médecins les serviteurs d’un autre intérêt: le prestige et la crédibilité du système judiciaire suisse”, a-t-il ajouté.

Mais pour un spécialiste du droit fédéral cité par Le Temps sous couvert d’anonymat, “si les médecins refusent de se plier à cet ordre, ils commettent une infraction”.

Pour Ursula Cassany, professeur de droit pénal à l’Université de Genève, les médecins pourraient être accusés d”homicide intentionnelle par omission” en violant le devoir juridique “de prolonger la vie d’un patient”.

Mais la situation n’est pas si simple, souligne-t-elle, relevant que dans le passé le tribunal fédéral a par ailleurs reconnu que “l’euthanasie passive est licite”.

Reste que le 18 novembre, les politiques du canton du Valais, région montagneuse dans laquelle M. Rappaz cultivait le cannabis, étudieront à huis clos son recours en grâce.

L’issue des discussions ne semble pas favorable, selon les experts, qui pointent du doigt l’intransigeance de certains partis politiques.

“Dans l’affaire Rappaz, le message essentiel que les autorités doivent faire passer est que le chantage ne doit pas payer. Il ne faut pas céder, jamais”, explique le parti UDC de la droite populiste.

apo/jh

Tags: Bernard Rappaz, grève de la faim, suisse

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