Sources :
http://www.francesoir.fr/actualite/politique/gatignon-francais-pensent-comme-moi-108823.html
http://www.francesoir.fr/actualite/societe/depenalisation-du-cannabis-refait-debat-108585.html

En première ligne depuis les événements de Sevran, le maire de la ville (Europe Ecologie-Les Verts), Stéphane Gatignon, auteur de Pour en finir avec les dealers *, pousse un cri de colère.

Stéphane Gatignon, maire de Sevran, milite pour la dépénalisation du cannabis afin d'en finir avec les dealers

Stéphane Gatignon, maire de Sevran, milite pour la dépénalisation du cannabis afin d’en finir avec les dealers MaxPPP

FRANCE-SOIR Selon notre sondage, 81 % des Français pensent que c’est à la police d’assurer la sécurité publique, mais 57 % trouvent le recours à l’armée justifié, compte tenu de l’insécurité dans des zones sensibles comme votre ville. Que pensez-vous de ce paradoxe ?

STÉPHANE GATIGNON Cela rejoint tout à fait ce que je pense. Bien sûr que les forces de police doivent être présentes. C’est ce que je réclame depuis le début, particulièrement en période de crise comme ces jours-ci. Il faudrait même une police stationnaire, qui ne se déplace pas, et surveille. Mais c’est justement parce qu’elle ne fonctionne pas de cette façon, que j’ai demandé l’intervention des casques bleus.

F.-S. N’est-ce pas un peu excessif ?

S. G. Quand, dans une ville comme Sevran, on se retrouve avec des checkpoints, des hélicoptères en patrouille et des interventions du GIR (groupe d’intervention régional), nous ne sommes pas loin des dispositifs militaires.

F.-S. Pourquoi les casques bleus, plutôt qu’une armée d’intervention, alors ?

S. G. Les casques bleus sont une force de paix. On les envoie partout dans le monde pour empêcher les belligérants de s’entre-tuer. Pourquoi pas à Sevran ? Ici, ça tirait dans tous les sens. Ils pourraient se poser entre les bandes rivales, comme ils le font entre les milices de pays en guerre.

F.-S. Selon vous, il faudrait les appeler dès qu’il y a des violences urbaines ?

S. G. Il ne s’agit pas ici de violences urbaines mais de règlements de comptes liés au trafic de cannabis. Il y a eu encore un mort par balles à Pantin, la nuit dernière. Chaque semaine, dans toute la France, plusieurs personnes se font buter à cause du trafic. C’est pourquoi je pousse un cri d’alarme. Il est temps de régler les problèmes de fond sinon, d’ici quatre ou cinq ans, les casques bleus ne suffiront plus et il faudra pour de bon faire intervenir l’armée. Je refuse d’être le maire qui enterre encore des victimes de mort violente dans sa ville !

F.-S. Que proposez-vous pour régler ces « problèmes de fond » ?

S. G. Cela passe d’abord par la dépénalisation, puis par la légalisation du cannabis. De toute façon, dans les faits, les consommateurs ne sont plus inquiétés depuis déjà longtemps, même si la loi française dit le contraire ! Quant à la légalisation, la semaine dernière, le rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues a été sans appel : la lutte contre la drogue est un échec. Une commission dans laquelle siégeaient notamment d’anciens chefs d’Etat sud-américains et l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Du sérieux, donc. Eux-mêmes préconisent de légaliser le cannabis.

F.-S. Le cannabis est-il un fléau plus important que l’héroïne ou la cocaïne ?

S. G. Il représente 90 % du trafic! Tout cet argent déstabilise l’économie réelle et menace la démocratie.

F.-S. Que voulez-vous dire ?

S. G. On se dirige vers une situation semblable à celle des Etats-Unis au temps de la prohibition. La mafia faisait alors du trafic d’alcool, blanchissait l’argent dans des entreprises de bâtiment ou de sécurité par exemple, et achetait les politiques locaux pour obtenir des marchés publics pour ces sociétés. C’est pourquoi le président Roosevelt a décidé de sortir de la prohibition : pour que la mafia ne contrôle plus les pouvoirs publics locaux. Les enjeux sont là. Ça semble loin, mais on y vient.

* Pour en finir avec les dealers, de Stéphane Gatignon et Serge Supersac, Grasset, avril 2011.


La dépénalisation du cannabis refait débat

Le récent drame des Tarterêts a relancé la polémique sur la dépénalisation du cannabis en France. Guéant est contre, Hollande est pour. Le reste de la classe politique est tout aussi partagé. VIDEO

La classe politique française se divise, une nouvelle fois, sur la dépénalisation du cannabis 

La classe politique française se divise, une nouvelle fois, sur la dépénalisation du cannabis SIPA

Le fait divers des Tarterêts, où une fillette a été gravement blessée, a remis au goût de jour la délinquance liée au phénomène des bandes dans certaines cités sensibles, sur fond de trafic de drogue. Faut-il dépénaliser le cannabis en France ? La question réalimente donc désormais le débat politique.

Si le maire de Sevran, Stéphane Gatignon (Europe Ecologie Les Verts), avait récemment prôné la dépénalisation du cannabis, dans un livre intitulé Pour en finir avec les dealers, Claude Guéant ne veut, lui, pas relancer le débat. Le ministre de l’Intérieur s’est « absolument opposé » à la dépénalisation. « La drogue, c’est quelque chose qui est dangereux sur le plan de la santé », a-t-il déclaré mercredi matin sur Europe 1. « Par rapport à la délinquance et au phénomène de bandes, il a été observé partout où le cannabis a été dépénalisé que les bandes s’emparaient du trafic d’autres substances », a encore expliqué Claude Guéant.

Alors que de son côté, François Hollande avance un rapport d’une commission internationale publié le 2 juin dernier qui dresse l’échec de lutte contre le trafic de drogue. Le candidat à la primaire socialiste prône donc la dépénalisation du cannabis au gouvernement et veut une réflexion européenne sur le sujet.

Ségolène Royal n’est pas d’accord

En revanche, Ségolène Royal pense que « le raisonnement économique se tient » mais s’est dite tout de même « opposée » à une légalisation du cannabis dans l’émission Dimanche soir politique sur France Inter/I-télé/Dailymotion/Le Monde. « On ne peut pas relâcher la répression sur le trafic », a-t-elle déclaré car selon elle, « la question fondamentale, c’est la prévention, l’éducation ».

Côté centriste, le ministre de la Ville Maurice Leroy (Nouveau centre) a déclaré mercredi matin sur RMC/BFM TV ne pas être opposé à une dépénalisation « à titre personnel ». De même que le député-maire centriste de Drancy (Seine-Saint-Denis) Jean-Christophe Lagarde s’est également prononcé pour mercredi sur Europe 1.

« Lutte sans merci »

Quant à Marine Le Pen, « la drogue est au cœur du problème ». La présidente du Front national estime dans un billet sur le site du FN qu’une « lutte sans merci doit être menée contre les dealers, et que les consommateurs doivent être sanctionnés ». Des propos à l’antithèse de ceux du député-maire de Drancy, le centriste Jean-Christophe Lagarde, pour qui la pénalisation n’empêche pas. « Pénaliser la consommation de drogue, cela crée le trafic et cela n’empêche personne de se droguer », a-t-il estimé mercredi sur Europe 1.

 

 

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