Cyberpresse (Le Soleil)

Par Claudette Samson

(Québec) La vue d’un plein champ pourrait en faire saliver certains. Mais le chanvre industriel a beau ressembler comme deux gouttes d’eau à sa cousine marijuana, en fumer vous donnera surtout un fameux mal de tête!

Interdite en Amérique du Nord dans les années 1930, la culture du chanvre industriel est de nouveau autorisée au Canada depuis 1998. Mais attention, elle ne s’improvise pas. Il faut détenir un permis de Santé Canada et respecter plusieurs conditions. Les seuls cultivars deCannabis sativa L. ayant droit de cité doivent contenir un maximum de 0,3 % de THC, la substance hallucinogène qui intéresse les fumeurs de marijuana.

À titre comparatif, le «pot» fumé aujourd’hui en contient facilement 15 %, et même davantage…

Pour l’instant, 90 % de la production canadienne est cultivée dans l’Ouest, mais l’Ontario et le Québec s’y intéressent de plus en plus. De 2009 à 2010, le nombre de licences accordées au Québec par Santé Canada est passé de 13 à 37, et le nombre d’hectares cultivés dans la province de 40 à 320.

 

C’est dans la région de Lanaudière que la plante est la plus répandue. Une situation directement liée à l’effondrement de la culture du tabac en 2004, qui a laissé une soixantaine de cultivateurs sur le carreau.

Il fallait trouver une plante de remplacement, expliquait Christian Boisjoly lors d’une rencontre à Québec en juin. Après quelques expériences de diversification et des voyages exploratoires dans l’Ouest canadien et en Europe, il a été parmi les premiers à faire des tests sur le chanvre en 2006. Deux ans plus tard, ils ont été 13 à fonder la coopérative Lanaufibres, qu’il préside.

Pour ce fermier de 53 ans qui cultive également le sarrasin, la formule coopérative est aussi un joli pied de nez aux multinationales qui les ont brutalement laissés tomber.

Multiples usages

Déjà cultivé il y a 6000 ans, le chanvre serait utilisé aujourd’hui dans quelque 80 000 produits. Des textiles aux matériaux de construction, des cordages au papier, des bioplastiques aux biocarburants, les Européens ont développé de multiples usages pour la plante cannabique. L’avantage de sa fibre est indéniable : en plus d’être parmi les plus résistantes qui soient, elle se recycle et se décompose.

En outre, c’est une plante qui pousse bien et qui ne nécessite pas de pesticides.

Contrairement à la culture de la drogue, dont les plants sont espacés pour permettre le développement des cocottes, la culture industrielle se fait en rangs aussi serrés qu’une forêt de bambou pour favoriser la pousse de la tige. Cette distinction n’empêche pas les cultivateurs de s’en faire chiper quelques plants à l’occasion. La loi les contraint d’ailleurs à indiquer clairement en bordure de leurs champs qu’il ne s’agit pas de drogue, mais de chanvre industriel, sans THC.

Alors que le marché européen s’est développé autour des usages industriels, c’est la ligne alimentaire qui semble vouloir l’emporter au Québec. D’un agréable goût rappelant celui de la noisette, la minuscule noix, aussi appelée graine ou chènevis, se saupoudre aussi bien dans les céréales du matin que sur une salade ou dans la recette de muffins. On en tire également de l’huile et de la farine.

Le chanvre est une source importante d’oméga-3, d’oméga-6, de fer et de protéines. Il ne contient ni gras saturés, ni cholestérol, ni gluten. Pour M. Boisjoly, ces caractéristiques ouvrent des perspectives de développement excellentes au Québec, d’autant plus que la culture est encore interdite aux États-Unis. «Il faut en profiter», dit-il.

La filière industrielle

Mais le chanvre pourrait bien avoir aussi un avenir industriel. Au Centre de recherche sur les grains CEROM, l’agronome Olivier Lalonde travaille à développer d’autres usages, à commencer par le textile. Dans ce cas, la plante est alors récoltée au moment de la floraison, avant que la tige se lignifie.

Et comme l’industrie textile utilise seulement de 20 à 30 % de la plante, les résidus peuvent ensuite être récupérés comme intrants pour produire de l’éthanol avec du maïs, explique le chercheur.

Plus encore, s’emballe-t-il, les résidus de cette deuxième transformation pourraient être utilisés par une compagnie de constructions écologiques, à titre d’isolant, ou par une cimenterie, en ajout au mortier pour lui donner de nouvelles caractéristiques. La richesse de son huile rend aussi la graine très intéressante pour la fabrication de savon ou de shampooing.

La semaine dernière, un projet de diversification économique en ce sens était d’ailleurs annoncé à Saint-Amable, où le chanvre est appelé à remplacer la pomme de terre, affectée par la crise du nématode doré.

Dans la grande région de Québec, l’entreprise des Aliments Trigone (www.alimentstrigone.com), à Saint-François de Montmagny, commercialise des produits à base de chanvre.


Tags: canada

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