Le Monde

Avec plus de 5000 plantations sous serre, les Pays-Bas sont, avec le Royaume-Uni, le principal producteur de cette nouvelle génération d’herbe. (AFP/Robert Van Den Berge)

Les temps changent. Le monde du cannabis n’y échappe pas. L’heure a sonné de l’herbe génétiquement modifiée ; le joint de synthèse est arrivé. Si le marché français reste encore dominé par la production classique importée le plus souvent du Maroc – environ 200 tonnes par an -, les trafiquants se mettent au goût du jour. “Les produits n’ont plus rien à voir avec ce qu’ils étaient il y a dix ans”, assure le commissaire François Thierry, chef de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Selon lui, “le monde du cannabis est en pleine mutation”.

Finie l’époque du pétard 100 % naturel à faible teneur en THC – le principe actif du cannabis. “En l’espace de quelques années, on est passé de 3 % à 4 % de THC contenu dans le cannabis naturel à des taux qui dépassent 10 %, pouvant atteindre parfois 30 %, avec le cannabis de synthèse”, dit-il. A l’en croire, ces produits n’ont plus rien à voir avec ceux des années 1970. Cette nouvelle variété de cannabis rivalise de plus en plus avec la plante issue notamment du Maroc. Elle est plus chère, mais plus prisée parce que de qualité supérieure. Et les effets obtenus sur les consommateurs n’ont rien de commun.

A tel point que les autorités néerlandaises envisageraient de reclasser le cannabis en drogue dure. Dans les rues d’Amsterdam, où l’achat et la consommation de cannabis sont autorisés dans des lieux réservés – les fameux coffee shops -, le commerce de la production nationale indoor prend le dessus sur celui de l’importation.

Avec plus de 5 000 plantations sous serre, les Pays-Bas sont, avec le Royaume-Uni, le principal producteur de cette nouvelle génération d’herbe. Dans ces deux pays, la culture sous serre ou dans des caves s’impose. Rien à voir avec les petites plantations artisanales, on entre dans l’ère industrielle. Les trafiquants investissent cette filière. Elle se développe également en Allemagne, en Belgique et dans le sud-est de l’Europe, comme l’Albanie.

Et en France ? En février, les policiers ont mis au jour une plantation clandestine de 700 pieds, dissimulée dans un hangar à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et destinée au trafic. “Dès qu’une production dépasse les 200 pieds, on sait à coup sûr qu’on n’a plus à faire à un petit producteur familial : on est confronté à la criminalité organisée”, observe François Thierry.

Toutefois, selon les spécialistes de l’OCRTIS, la France, premier consommateur de cannabis en Europe, reste encore en retrait. “Ici, on produit peu. Ça se développe mais, à quelques exceptions près, cela reste à l’échelle artisanale. Les filières continuent de s’approvisionner en dehors des frontières. La proximité de la Hollande et du sud de l’Espagne, où elles ont leurs habitudes, y est sans doute pour quelque chose “, estime François Thierry. Ainsi, le 5 juillet à Villabé (Essonne), les hommes de l’OCRTIS ont interpellé un Espagnol qui cachait 520 kilos de résine de cannabis dans un fourgon arrivé du Maroc.

Reste que si ce mode classique perdure, les trafiquants s’adaptent. A l’instar de n’importe quel commerçant, eux aussi ont l’obsession des coûts. Les go fast en grosses cylindrées, célébrés il y a quelques années au cinéma, laissent de plus en plus leur place à des transports moins visibles.

Mais il n’empêche : transporter la drogue sur des longues distances comporte des risques importants, notamment lorsque la marchandise est saisie par la police, les gendarmes ou les douaniers. Pour parer ces pertes, les trafiquants débordent d’imagination. L’une de leurs dernières trouvailles : le cannabis de synthèse sous vaporisateur vendu sur Internet. On n’arrête pas le progrès…

Yves Bordenave
Article paru dans l’édition du 03.08.11

Tags: hollande, ogm

| Fil RSS des commentaires pour ce billet

Les commentaires sont clos.