France Soir, le 4 août 2011

Le débat qui concerne la dépénalisation et la légalisation du cannabis agite la sphère politique depuis quelques mois. Mercredi, lors d’une conférence de presse, Ségolène Royal s’est dite “très hostile à la légalisation du cannabis”.

Le débat sur la dépénalisation (ou sur la légalisation) du cannabis trouve désormais sa place au côté de ceux qui jalonnent l’actualité. Il y a quelques années, c’était encore inimaginable. Cette nouveauté on la doit au maire de Sevran, Stéphane Gatignon. Au début du mois d’avril, l’élu d’Europe Écologie-les Verts assurait que la légalisation du cannabis – corrélée à la mise en place d’une structure économique pour la vente – était nécessaire pour endiguer, voir éradiquer les trafics. Avec cette assertion, Gatignon relançait un débat qui, jusqu’alors, demeurait l’apanage des verts ou de la gauche de la gauche. Car depuis cette prise de position, le PS s’est emparé du sujet, et la majorité a suivi. En juin 2011, un groupe de travail, présidé par l’ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant, a préconisé « une légalisation contrôlée du cannabis » afin de « sortir de l’hypocrisie ». Depuis, thuriféraires et contempteurs de la dépénalisation s’appliquent à débattre par médias interposés.

Parmi les plus réfractaires, Nicolas Sarkozy, qui s’y est toujours opposé, comme la majeure partie des membres l’UMP,  mais aussi  Jean Louis Borloo. « J’adorerais être pour la dépénalisation du cannabis mais je suis contre. Car, je ne pense pas que ce soit un bon signal », admettait l’ancien maire de Valencienne en juin dernier.

D’autres ne sont plus aussi péremptoires qu’auparavant. En 2007, François Bayrou, alors troisième homme de la présidentielle, s’était dit défavorable  à la dépénalisation. Aujourd’hui, quand il évoque le sujet, il affirme  que  « c’ est une grande interrogation qui est devant nous ». « La vérité est que notre manière de lutter contre la drogue a échoué et que donc toute réflexion doit être conduite avec la santé publique, avec les médecins, pour essayer de voir de quelle manière on peut faire reculer ce fléau », a-t-il argué au micro de France-Inter il y a deux mois.

Ségolène Royal, “très hostile à la légalisation du cannabis”

Du côté du PS, les avis divergent. Manuel Valls et Arnaud Montebourg se sont tous deux opposés à une éventuelle dépénalisation. François Hollande, contrairement à eux, souhaite une  « réflexion européenne sur le sujet ». « Réunir une commission à l’échelle de l’Europe, comme celle qui vient d’avoir lieu aux Etats-Unis. Le Portugal est dans la dépénalisation, mais pas tout à fait dans la légalisation. Ça mérite qu’on regarde ce qui se passe au Portugal. Ça mérite qu’on fasse une proposition pour l’Europe entière », a souligné le député  de la première circonscription de  la Corrèze. Quant à Ségolène Royal, celle qui en 2007 avait promis, en cas de victoire, « d’ouvrir un grand débat public », a depuis changé d’avis. Mercredi, lors d’une conférence de presse où elle présentait son « manifeste » de campagne dont la sortie en librairie est prévue le 20 août, la candidate aux primaires socialistes s’est dite  « très hostile à la légalisation du cannabis ». Ce changement d’opinion est-il le fruit d’une réflexion sincère, ou un bon moyen de se démarquer de son ex-mari en vue des primaires ? C’est la grande question. Car dans ce débat, les personnalités politiques n’hésitent pas à retourner leur veste, comme dirait Dutronc. Reste à savoir si ce sera du bon côté…

En attendant, selon une étude  de l’Ifop, 63 % des Fançais sont opposés à la dépénalisation du cannabis.

Par Baptiste Thion


Images utilisées :
Ségolène Royal lors de l’Université sur l’Euro-Méditerranée par Ségolène Royal
Lancement de la campagne des élections municipale François Hollande par Parti socialiste

Tags: françois hollande, présidentielles 2012, Ségolène Royal

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