«Cela va contre la liberté du commerce et ne va que contribuer à augmenter le trafic.» Les patrons des échoppes vaudoises spécialisées dans le commerce du chanvre sont en pétard. Le Conseil d’Etat, emmené par la ministre de la Justice et de l’Environnement Jacqueline de Quattro, est sur le point de ratifier un concordat préparé par les cantons latins, visant à compléter l’arsenal fédéral en régulant la culture et le commerce du chanvre: toute vente sera soumise à autorisation. Les forces de l’ordre pourront quant à elles effectuer, à l’improviste et sans enquête préalable, des contrôles dans les espaces privés, les commerces ou les appartements.

«Dire qu’il a fallu six ans pour pondre un navet pareil. En plus, on n’a même pas été consultés», peste le propriétaire d’une boutique spécialisée dans le chanvre. Prêtes à monter aux barricades, plusieures échoppes se sont associées pour lancer un recours. Dans l’intervalle, si certaines continuent de proposer des plants de cannabis, d’autres préfèrent jouer la prudence et les ont retirés de leurs rayons. «On attend que les choses se clarifient», explique le patron d’un magasin vaudois.

Un flou dans la loi fédérale

Il faut dire que depuis plusieurs années, les commerçants et cultivateurs du dimanche profitent d’une ambiguïté dans la loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes (LStup), qui a une visée avant tout pénale. Légalement, il est interdit de se rouler et de fumer un joint. Soit. Mais la vente de boutures comme plante d’ornement est actuellement autorisée. Pour autant qu’elles ne contiennent pas plus de 1% de THC (le tétrahydrocannabinol, substance active du cannabis), un seuil fixé par la nouvelle LStup, entrée en vigueur le 1er juillet.

Comme le THC se concentre essentiellement dans les fleurs, qui n’apparaissent qu’à la fin de leur croissance, la vente de boutures a longtemps profité d’un flou juridique. «Ils les gardent à un stade où elles ne fleurissent pas encore. Elles sont donc inconsommables tant qu’elles n’arrivent pas à maturité», explique Sandrine*, qui cultive ses deux plants de chanvre sur son balcon, moins parce que c’est joli que pour ses vertus euphorisantes. C’est donc au moment où elle les coupe, les sèche et les fume qu’elle risque des ennuis. «Mais je n’ai jamais eu de problèmes, et j’espère que la police a autre chose à faire que de vérifier ce qui pousse sur les balcons.»

Un dispositif préventif

Benoît Rey, conseiller juridique au Département de la sécurité et de la justice de Fribourg, voit les choses d’un autre œil. Pour celui qui a participé à l’élaboration du texte, les échoppes n’ont jamais eu intérêt à vendre du chanvre légal. Elles proposent toutes des produits finalement illicites. «Le Tessin a déjà une législation cantonale depuis 2002. Ce dispositif a fait disparaître les magasins, ce qui prouve bien qu’ils vendaient des produits illégaux.» Benoît Rey met les points sur les i: ce concordat vise avant tout la prévention. «Par ce texte, on espère empêcher les consommateurs d’avoir accès à des produits illégaux.»

«Non mais ils rêvent!» Vincent*, soixante-huitard amateur de fumette depuis quarante ans, éclate de rire. Dans son potager, il plante chaque année sa bouture de cannabis, cachée entre tomates, courgettes et autres herbes aromatiques. «C’est crétin d’empêcher la culture. Pour éviter la croissance du marché noir, il faut bien que les gens produisent pour leur propre consommation.»

Eviter les dealers

Alors, les plants de cannabis vont-ils disparaître des balcons et jardins potagers? «J’ai planté quatre boutures dans mon jardin pour justement éviter les réseaux de deal», regrette Michael*, étudiant en arts plastiques qui se fume un joint tous les soirs comme un apéro. Comme lui, d’autres amateurs de fumette ne comptent pas ranger leurs pots de chanvre. «J’achèterai des graines sur le net, ce sera juste un peu plus long», ajoute Sandrine. «C’est une plante rigolote, c’est vraiment sympa comme hobby.»

*prénoms d’emprunt
Par: Natacha Rossel
Source: 24h.ch

Tags: suisse, Vaud

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