Le Daubé (Contraction amusante de “Dauphiné Libéré”) est toujours à l’affût de nouvelles affaires pour rassasier ses lecteurs friands d’injustice, face auxquelles ils doivent bien rigoler au rythme des blagues cyniques et de mauvais goût du journal. Quand ça parle du diabolique Cannabis Sativa, c’est encore mieux… Quand un riverain ou un voisin a usé de délation, ça applaudit en chœur… Et quand un pauvre homme écope de prison ferme, ça pointe du doigt, toujours en chœur.

Pour nous autres militants, ça fait mal… au cœur. Ça fait mal de voir des procureurs, juges, avocats, mais aussi policiers et préfets, condamner des gens pour cette plante, qu’on appelle tantôt marijuana, tantôt chanvre, tantôt par son nom latin : cannabis. Condamner des gens de par des convictions qui pourraient tomber s’il se documentait ne serait-ce qu’un tout petit peu sur le sujet, tout ce petit monde là… Leurs convictions sont simplistes et faussées par une diabolisation vieille comme la loi de 70 sur les stupéfiants, cette loi fatiguée et petit à petit scientifiquement vidée de tout son sens au fil des connaissances avançant… Ça fait mal parce qu’on sait que c’est totalement injustifié, que ces procès sont des comédies exemplaires.

Un des gros problèmes de l’homme, qu’il soit magistrat ou collégien, c’est cette fierté mal placée qui va le pousser à se fourvoyer dans l’erreur quand bien même on lui a démontré qu’il se trompait, quand bien même il l’a lui-même découvert par ses propres moyens. Alors, pour ne pas perdre la face, ces personnes qui ont condamné ou fait condamner un nombre astronomique d’êtres humains à tort, préfèrent et préféreront souvent s’enfoncer dans les erreurs de leurs convictions stupides, et continuer tant qu’ils peuvent à envoyer en prison et cribler d’amendes les mêmes innocents encore et toujours, un peu comme pour dire “je vous emmerde”

Mais entrons dans le vif du sujet et sortons ces deux gouttes de l’océan médiatique, ces deux affaires révélées avec mépris par le Daubé.

Tout d’abord à Jaujac, où M., 41 ans, un homme ayant une famille à sa charge, “inséré” et travailleur, mais qui est cannabiculteur. Selon cette presse il fume 6 joints par jour, une consommation bien modérée pour toute personne s’y connaissant un minimum. Les quelques grammes de haschich trouvés chez lui, la quinzaine de plants de cannabis qui poussaient en extérieur, mais aussi sa faible consommation en héroïne (un gramme par semaine, ce qui n’a véritablement rien en soi de fantastique – ne jugez pas trop vite car vous vous placeriez au même niveau que les bourreaux qui ont décidé d’envoyer un homme en prison pour consommation et jardinage) aura valu à M. de voir le procureur réclamer la peine plancher, étant donné qu’il est récidiviste.
Peine plancher dépassée : c’est à 2 années de prison dont 18 mois avec sursis, mise à l’épreuve, et obligation de se soigner. Rapide calcul, il lui reste 6 mois ferme qui seront sans doutes transformés en Travaux d’Intérêt Généraux (TIG), ou en période d’assignation à domicile avec bracelet électronique, ou encore en semi-liberté… Ouf.

A Albertville, un homme de 50 ans a voulu faire profiter ses bébés du soleil sur son balcon. Un voisin ou un passant consciencieux qui avait sans doute pensé que l’homme était un vil bandit puisqu’il fume des pétards, donc en toute bonne foi (sic), a prévenu la police. Bravo pour la délation ; même à la petite école, on apprend aux gamins à ne pas rapporter… Manifestement c’est valable pour les enfants, mais plus pour les adultes. Comme notre Jaujaquois, ses plants étaient au nombre de 15. Oui une simple quinzaine de plantes, un peu de verdure qui aurait pu épargner à ce cinquantenaire de dépenser son argent dans le marché noir pendant un bon moment. Mais non, comme à leur habitude, les autorités françaises préfèrent renvoyer des clients aux dealers, plutôt que de laisser les gens autoproduire leur herbe et ainsi sortir du trafic. Quelle tristesse.

Encore une fois j’en viens à douter. Douter de la droiture de l’État, douter que certaines personnes haut placées ont des relations financières (eux appellent ça des “relations professionnelles” j’imagine) avec les mêmes voyous qu’ils disent combattre : ceux qui sont au bout de la chaîne, qui roulent dans des voitures de luxe avec chauffeurs, qui vivent dans des villas suréquipées en mobilier de luxe et domestiques (de luxe aussi?), qui dépensent n’importe comment et à tout va cet argent qui vient tout droit de nos poches, à nous les petits consommateurs.

Nous en avons marre de payer pour des magouilles entre autorités et mafieux, nous qui nous faisons condamner lourdement pour nos petites productions de cannabis, productions dans des quantités vraiment très moindres, et sans jamais ou rarement l’intention de vendre ; nous qui avons un esprit de partage et d’entraide, qui n’hésitons pas à donner un peu de notre consommation à des amis, et qui sommes encore hors la loi de par ces gestes altruistes, car la cession d’un simple joint est pénalisée…

Nous en avons marre car pendant ce temps, des affaires se font entre élus et mafieux, et les flics croient bien faire, armés de leurs œillères et de leurs flingues, en nous forçant à retourner galérer dans le trafic noir. Car leurs “obligations de se soigner” c’est de la rigolade quand il s’agit de cannabis! Il n’y a pas de dépendance réelle, et si on continue à fumer c’est bien souvent pour des raisons qui les dépassent de loin.

Références :
Albertville, Le “jardinier” privé de ses plants de cannabis
Jaujac, Il consommait du cannabis et de l’héroïne : 6 mois ferme

Image : Medical Marijuana par Laughing Squid

Tags: condamnation, prison, procès

| Fil RSS des commentaires pour ce billet

Les commentaires sont clos.