Pour son numéro 47, de juin 2011, Asud Journal a réservé quelques pages de leur papier glacé ô combien agréable à lire pour faire un dossier bien étoffé sur le cannabis, (mais non exhaustif bien sûr, le cannabis est un sujet si large qu’il est vraiment difficile de boucler le sujet, même en 100 pages!) la marijuana, la motivation de ce présent site TDME, celle de nombreuses personnes, de l’association du CIRC, de Cannabis Sans Frontières, et de groupes de musiques, inspiration de pas mal d’auteurs écrivains, de réalisateurs, etc, etc…

À cette occasion, je me permet de souligner (reprendre) les articles correspondant, qui sont écrits par plusieurs personnes. Même Jean-Pierre Galland y met de sa plume! Bravo Asud.

Vous pouvez vous abonner à cet excellent journal en passant par le site officiel et en leur téléphonant selon votre emplacement, mais aussi vous renseigner par le forum.

1) P. 7 : Réduction des risques, Mange ta dope !

Le cannabis

Le risque important de cancer et autre maladie pulmonaire provient uniquement de notre très mauvaise habitude de consommation : le joint avec un mélange de tabac et de cannabis. L’ingestion est un mode d’usage traditionnel en Asie et dans le monde arabe, surtout en Inde et en Indochine. Le bang(1) et la soupe de ganja sont très utilisés pour des fêtes rituelles ou amicales, mais le dosage est délicat. C’est pourquoi cette technique n’est pas trop appréciée en Occident. Selon la qualité et son poids, compter environ un demi-gramme de résine ou un gramme de fleurs par portion. Et tester d’abord une demi-dose : l’effet de l’ingestion de cannabis peut être bien plus violent que la fumette, vraiment très désagréable, voire paniquant en cas de surdose. L’effet dure quatre à douze heures, bien plus en cas de surdose.

On peut cuisiner directement la matière verte, en soupe avec du cresson, de l’épinard ou de l’oseille et de la crème fraîche pour faciliter l’intégration des cannabinoïdes. Pour stocker longtemps, on peut incorporer de la farine d’herbe ou de la résine râpée dans la pâte d’un délicieux gâteau de Noël suisse, le brünsli (Voir ici).

On peut aussi faire de la teinture-mère (voir Asud-Journal n°43).

Le beurrede Marrakech (Voir ici) se cuisine à basse température pour éviter de vaporiser les cannabinoïdes. La décoction dans du lait chaud est utilisée pour faire du bang tchaï. Froide, elle permet de réaliser un space-milk-shake ou du bang lhassi à l’arôme de votre choix. La cuillère à thé pleine d’herbe plongée dans de l’eau chaude des coffees hollandais est un attrape-touriste.

Par Laurent Appel

2) P. 9 : la vaporisation : plus qu’une mode passagère

On peut toujours se plaindre du prixélevé de l’herbe et de ses dérivés,plusieurs méthodes éprouvées permettent,à défaut du coût, de réduire le volumede matière consommée.

Au cours des années 1990, certains activistes, bricoleurs et usagers ont développé différents prototypes artisanaux d’accessoires chauffant à des températures inférieures au point de combustion (en général 130 à 180 C°) pour permettre d’inhaler les principes actifs et huiles essentielles de plantes…majoritairement, le chanvre et ses dérivés. En Europe, c’est lors des premières Cannabis Cup organisées par le journal High Times que l’expatrié Amérindien Eagle Bill présenta son modèle à un public enthousiaste aux yeux rougis de bonheur…

Rustique, son matériel de démonstration était composé d’une grosse pipe à eau où l’herbe du foyer était chauffée à l’aide d’un décapeur thermique. Ça fumait parfois plus que ça vaporisait mais ça garantissait les effets, visuels pour les observateurs curieux, psychotropes pour le cobaye. Certes un peu encombrant comme matériel, mais terriblement efficace. Hormis le moindre risque pour la santé, on s’aperçut rapidement que les quantités consommées étaient bien inférieures qu’en fumant et qu’on pouvait en plus recycler la matière première en cuisine après l’avoir vaporisée. Doublement économique comme méthode…

D’Eagle Bill au Volcano

Différents produits furent commercialisés dans les shops spécialisées, mais la vaporisation acquit réellement ses lettres de noblesse à la sortie du modèle de référence qu’est encore aujourd’hui le Volcano. Modèle de table par excellence, ce fut le premier àutiliser des sacs jetables pour recueillir sans perte la vapeur à consommer. Cela réduit aussi les soucis d’entretien. Pour éviter la transmission de germes, il convient de nettoyer l’embout avec une lingette antiseptique entre chaque usager ou bien d’y insérer un morceau de paille comme embout individuel. Commercialisé en 1999, le Volcano remporta le prix de l’innovation technologique dans le Lander où il était fabriqué. Chose rare, il fit par ailleurs l’objet d’une étude scientifique sur les avantages de la vaporisation comparée aux autres modes d’absorption publiée en 2003 par le magazine américain Science. Pour l’usager, vaporiser son herbe offre l’avantage de pouvoir profiter de l’intégralité des principes actifs et arômes des substances utilisées, sans perte due à une température de combustion trop élevée. L’ingestion est le moyen recommandé pour utiliser le cannabis médical, surtout encas de troubles respiratoires. Dans les cas où elle est impossible et surtout pour les fumeurs invétérés, la vaporisation permet de réduire considérablement les risques de la consommation fumée… Indispensable pour qui souhaite profiter des propriétés médicinales du THC.

Depuis une dizaine d’années, on peut trouver en boutiques spécialisées ou sur le web quantité de matériels plus ou moins propres, selon les matériaux de fabrication utilisés. Globalement, on peut regrouper les différents vapos en trois grandes familles :

  • L’entrée de gamme, principalement composée de modèles inspirés (c’est l’expression) de pipes classiques. Équipé d’un briquet torche, on peut vaporiser sa dope pour moins de 50 €.
  • La gamme intermédiaire, des modèles portables, électriques ou à butane avec lesquels il est possible de pratiquer 3 à 5 vaporisations avant de devoir refaire le plein… d’énergie. Compter environ 100 à 300 €.
  • Et enfin, le matériel dit « de salon », le haut de gamme en matériaux nobles pour un budget allant de 100 à 500 €, souvent hors de portée du consommateur…

Mieux vaut être soigneux

Si l’entretien de tous ces types d’accessoires est moindre qu’avec des pipes et pipes à eau classiques, il reste néanmoins indispensable pour profiter pleinement des propriétés et arômes des produits inhalés.

Pour le consommateur de haschich, il est possible d’utiliser résines, huiles essentielles ou huiles de résines et d’herbes. Mais il est préférable de le faire avec un support neutre – un végétal peu aromatique ou déjà vaporisé –, sans quoi la ma-tière première risque de couler à l’intérieur de l’accessoire et de l’endommager. Compte tenu des prix, mieux vaut être soigneux. Pour les plus démunis, l’alternative la plus simple reste d’utiliser une pipe classique en bois ou en métaux propres dont on lèchera l’intérieur du foyer à l’aide d’un briquet, de manière à chauffer la substance désirée sans pour autant voir la combustion s’amorcer. Après quelques essais, les résultats sont plutôt concluants..

Par Éric Chapel

3) P. 10 : cannabis   proposition 19 , les raisons

Six mois se sont écoulés depuis l’échec de laProposition 19 en Californie. Six mois qui nous permettent de mieux comprendre pourquoi elle a échoué.

La légalisation du « cannabis médical » en Californie date d’une quinzaine d’années, quand les habitants de l’État votèrent majoritairement pour instaurer une loi. En Californie, n’importe qui peut proposer une loi qui, si elle recueille assez de voix par pétition, peut être soumise aux habitants lors du prochain scrutin important. En cas d’approbation, elle devient une loi à part entière de la constitution de l’État. La proposition 215 devint ainsi une loi en 1996 mais au départ, c’était comme si elle n’existait pas. Les forces de police fédérales et celles de l’État poursuivaient toujours «  les usagers et producteurs de cannabis médical  ». Au fil du temps, les décisions judiciaires ont clarifié la loi. Nombre d’années et de jugements plus tard, la légalisation du cannabis pour usage « médical » est devenue une réalité. Notamment grâce aux statuts élaborés par les communautés locales de citoyens pour la définir plus précisément. Dans le district de Somona, un patient certifié ou un soignant peut par exemple cultiver jusqu’à 30 plants (par patient) sur une surface d’environ 3 mètres carrés… Des modalités appliquées et respectées par nos tribunaux, nos procureurs et la police locale.

Mais la loi fédérale n’a pas changé et le gouvernement fédéral continue de poursuivre en justice, créant une énorme tension avec « nous, les gens » qui avons créé, testé, et affiné des lois locales (régulation, taxes, pénalités) en faveur du cannabis médicinal. La Californie a adopté une position remarquablement claire sur la marijuana, à l’aide de lois et de pénalités écrites par et pour les citoyens.

Une grotesque injustice

Face au traumatisme suscité par la menace de déclin économique (particulièrement depuis 2008), nous – le peuple –avons commencé à nous pencher sur l’importance des coûts pour le gouvernement, l’inefficacité et l’injustice de pénalités disproportionnées par rapport au délit, qui peuvent mener à la marginalisation de certains groupes sociaux. Le niveau des taxes (impôts) au moment où l’économie décline, où de nombreuses personnes perdent leur emploi et leur maison, est un facteur déterminant en faveur du changement. En 2009, presque 800`000 personnes ont été arrêtées et poursuivies pour usage de cannabis aux États-Unis, avec des coûts immenses et des pénalités qui n’ont pas changé le comportement des usagers. Une grotesque injustice. Police, tribunaux, prison, familles brisées, bons citoyens passés d’étudiants ou travailleurs à prisonniers pour usage de cannabis : le coût de l’application de la loi est devenu insupportable pour la société. Des lois clairement mauvaises, draconiennes et indéfendables.

De longue date une évidence pour les Californiens, qui sont souvent à l’origine de courants sociaux qui gagnent ensuite le reste du monde. Utilisé médicalement pendant des milliers d’années, le cannabis n’est devenu illégal qu’au cours des soixante-dix dernières années. Aujourd’hui, nous avons simplement atteint un seuil critique à partir duquel nous ne tolérerons plus que la police casse des portes et embarque des gens pour du cannabis. Alors que les rapports de médecins et de patients fleurissent sur le sujet, la vérité sur la valeur du cannabis médical apparaît et les lois l’interdisant deviennent encore plus obtuses. Son efficacité étant désormais universellement prouvée sur un large éventail de maladies, la communauté médicale réclame des traitements à base de cannabis. Donnant instruction au département de Justice de respecter les lois légalisant l’usage de cannabis médicinal dans quinze États, le président Obama a reconnu que le changement était en cours.

Opposition des producteurs, réflexion faite de la population

Pourquoi la Proposition 19 a-t-elle échoué ? Différents évènements ont influencé les électeurs californiens dans les mois précédant l’élection. Les dispensaires ont tellement proliféré à Los Angeles que les Unes des journaux n’en ont retenu que « la poussée du cannabis hors de contrôle ». Les gens ont commencé à cultiver beaucoup plus de marijuana dont la disponibilité est devenue énorme.

ASUD N°47 page 11 - Pourquoi la proposition 19 a-t-elle échoué aux USA ?Des gangs mexicains exploitaient de grandes plantations dans les forêts nationales, causant d’importants dégâts écologiques. Traquant les gros producteurs, la police fédérale a essayé de faire appliquer la loi, sans obtenir la coopération officielle des États. Des milliards de dollars se promenant de manière incontrôlée, un marché non taxé profitant essentiellement aux gangs criminels, une situation de plus en plus chaotique. Et les Californiens en ont beaucoup entendu parler aux infos peu avant l’élection.

Parallèlement, les gros producteurs de cannabis et un nombre indéfini (milliers) de petits faisaient fortune, ne payant généralement pas de taxes et très heureux du statu quo, donc farouchement opposés au changement. Des régions entières profitaient massivement du commerce de cannabis. Opposition des producteurs et réflexion faite de la population, la Proposition 19 a finalement échoué d’environ 7%. Pour mettre cette défaite en perspective, la candidate républicaine au poste de gouverneur, Meg Witman, a dépensé plus de 140 millions de dollars pour essayer de prendre la place d’Arnold Schwarzenegger. Elle a perdu, et la Proposition 19 a recueilli plus de voix. Un résultat incroyable qu’autant de gens aient voté en faveur de la légalisation de la marijuana pour usage personnel et du droit à la cultiver en Californie, l’État américain le plus peuplé et le plus puissant économiquement.

Le changement est arrivé

La légalisation de la marijuana médicale est passée en 2010 dans l’État d’Arizona et a échoué de peu dans d’autres élections américaines. Un raz-de-marée social, et les politiciens du reste du monde feraient bien de regarder la vague qui se dirige vers eux. Un tsunami dans beaucoup d’endroits où, écœurés de leurs politiciens, les gens constatent la déconnexion des lois.

Une fois encore, les politiciens californiens ont amorcé le changement en apprenant de leurs citoyens. Le sénateur Mark Leno a écrit le projet SB 1449, qui décriminalise la possession d’une once (30 g environ) de marijuana pour les plus de vingt-et-un ans. Ne pouvant plus être arrêtée par la police pour une telle quantité, la personne est passible d’une amende de 100 $, un peu comme pour un ticket de stationnement. Pour le sénateur Leno, cela ferait économiser une fortune à l’État (forces de police, prisons…), tout en évitant aux personnes d’avoir un casier judiciaire. Il s’était notamment ému que des jeunes faisant une erreur puissent gâcher leur vie avec un casier judiciaire. Devenu loi une fois signé par le gouverneur Schwarzenegger, son texte a pris effet le 1er janvier 2011.

Depuis que l’usage médicinal de cannabis a été légalisé, aucun changement notable n’a été enregistré au cours des quinze dernières années dans la réussite scolaire, la performance des employés, les accidents de la route, du travail, les hospitalisations liées à l’usage de cannabis, ou tout autre effet secondaire qui constituerait clairement une atteinte à la société. Véritables pionniers de la légalisation, médecins et patients ont, pour leur part, rapporté une réduction importante des souffrances grâce au cannabis. Une aide médicinale qui marche très bien pour ceux qui observent les recommandations des médecins.

Une preuve de plus que les lois qui transforment les citoyens en criminels n’ont aucun mérite. Les gouvernements du monde ont menti sur les dangers du cannabis pour justifier le traitement draconien des citoyens. Effrayées et ignorantes, les masses se sont pendant longtemps ralliées à l’appel de la criminalisation des personnes, mais le changement est arrivé. Les gens ne veulent plus payer des taxes pour criminaliser leurs enfants ou leurs voisins.

Une nouvelle proposition pour légaliser l’usage personnel est actuellement en cours d’écriture pour être présentée à la prochaine élection. L’usage de marijuana par toute personne sera bientôt légal en Californie. Le changement est venu en Californie et il viendra au reste du monde, quand les gens se tourneront contre la loi et les politiciens qui en sont les auteurs.

Par Lawrence Brooke,.fondateur de General Hydroponics Inc., co-inventeur du patchtransdermique cannabinoïde. Traduction : Éric Schneider

4) P. 12 : Apaire au pays des jardiniers

Même si la plus grande partie de cette chronique est consacrée à la tentative de la Mildt de briser le moral des cultivateurs en herbe, entre deux saisies et trois interpellations, le reste de l’actualité cannabique joue en faveur des partisans du changement.

Je veux évidemment parler de Pour en finir avec les dealers écrit par le maire de Sevran en collaboration avec un flic(2) de terrain. Difficile de passer à côté des thèses développées dans cet ouvrage tant il a été commenté dans les médias. Aux prises avec la réalité, les auteurs démontrent l’inefficacité de la prohibition et préconisent, au nom de la sécurité, de légaliser les drogues.

Un autre livre, paru quelques semaines auparavant et écrit par un journaliste qui « ne se drogue pas », Drogues : Pourquoi la légalisation est inévitable, a, lui aussi, participé à mettre le sujet du cannabis sur le devant de la scène. Il y avait bien longtemps que les télévisions n’avaient pas consacré d’émission au cannabis, un sujet qu’ils abordaient volontiers naguère. Le jour du printemps, France 2 consacre un dossier à ce sujet sous le titre Et si on légalisait le cannabis ?, une question qui contient déjà la réponse. En envoyant ses journalistes enquêter en Californie, aux Pays-Bas et au Portugal, l’émission a démontré qu’il existe des alternatives fiables à notre politique du tout répressif. Tant mieux si des politiques relaient enfin ce que nous répétons depuis des années, mais voilà qu’Étienne Apaire est arrivé avec ses gros sabots.

La Mildt découvre la cannabiculture

Alors qu’en quelques années, la politique de la matraque aidant, la culture du cannabis a fleuri partout en France, la Mildt – qui ne maîtrise pas le sujet – demandait en 2007 à l’Ofdt de se pencher sur « la part de la production domestique de cannabisen France ». En 2008, Jean-Michel Costes, feu le directeur de l’Ofdt, remet son rapport : les cannabiculteurs seraient 200 000 et produiraient 32 tonnes de beuh, 11,5% de l’herbe fumée serait locale et son taux en THC avoisinerait les 8 %… Bref, en France comme dans tous les pays d’Europe, force est de constater que la culture domestique du cannabis est en pleine expansion. La Mildt s’en émeut. Son président nous rassure, il prendra les mesures qui s’imposent dans le plan anti drogue qu’il nous concocte.

Le Circ se fend alors d’une lettre à son président (3) dans laquelle il souligne malicieusement que le succès de l’autoproduction est un des effets collatéraux de la politique répressive. Le cannabis étant trop souvent coupé avec des produits nocifs, le Circ relève également qu’en cultivant son jardin, l’amateur milite paradoxalement pour sa « bonne santé ». En cultivant son jardin, il coupe les ponts avec le marché noir où il risque non seulement de se voir proposer d’autres drogues, mais aussi de se faire alpaguer au détour d’une rue par des policiers contraints de faire du chiffre. Fort de ses arguments pragmatiques, le Circ invitait la Mildt à adopter une politique tolérant la culture de quelques pieds de chanvre dans son jardin, sur son balcon ou en « placard ».

La Mildt déclare la guerreaux cannabiculteurs…

Dans son « Plan gouvernemental 2008/2011 de lutte contre les drogues et les toxicomanies », la Mildt ne tient pas compte de ces propositions sensées et promet de s’attaquer à ce « phénomène favorisé par la libre circulation des graines et du matériel de production, ainsi que par la prolifération de magasins et de sites Interrnet spécialisés dans la “cannabiculture” »… Pour éradiquer ce nouvel ennemi de l’intérieur, comme le qualifie Étienne Apaire, la Mildt décide de doter la police « de moyens de détection innovants » (appareils à infrarouge, détection aérienne, détecteurs de particules, amplificateurs de bruit…).

… l’Onrdp en rajoute unecouche

Quant à David Weinberger, il déduit de l’étude qu’il a menée pour le compte de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (Onrdp) que 80% de ceux qui cultivent du cannabis le font uniquement pour assurer leur consommation personnelle. 47% de la beuh fumée en France serait en outre produite sur le territoire. David Weinberger (comme laMildt) remarque que cette activité qui se concentre en « zone périurbaine » est facilitée par la multiplication des sites Internet spécialisés et des boutiques. Il en dénombre 400 en France… À ce rythme nous assure le rapporteur, la beuh supplantera bientôt le shit dans le cœur des fumeurs.

Mildt attack

Le 26 avril 2011, gendarmes et policiers encadrés par l’Octris passent à l’attaque et effectuent conjointement vingt-trois descentes sous l’autorité de dix-neuf parquets. Dix-huit personnes sont interpellées, dont quatorze se retrouvent en garde à vue. Ces descentes médiatisées, on les doit aux cyber policiers qui, durant de longs mois, ont espionné les cultivateurs en herbe via le site Cannaweed et réussi à en localiser certains, notamment grâce aux photos de leur jardin intime publiées sur le site.

Efficaces les policiers du Net  ? Pas vraiment puisque certaines personnes interpellées ne cultivaient plus depuis des années. Quant à l’opération elle-même, il n’y a pas de quoi pavoiser : cent pieds d’herbe saisis, soit une moyenne de cinq pieds par personne. Quatre kilos de beuh de « très grande qualité », dixit Le Figaro, ont été retrouvés, ce qui ne fait jamais que trois cents grammes par jardinier, de quoi assurer sa consommation estivale. Et dire que nos flics, qu’ils soient « cyber » ou pas, ont été formés par des policiers néerlandais. S’inspirant de leurs judicieux conseils, la Mildt vient d’ailleurs de publier un guide de cannabiculture réservé aux fins limiers chargés de repérer les cultures clandestines.

Alors qu’elles s’étaient déroulées deux semaines auparavant, ces descentes orchestrées par la Mildt ont été jetées en pâture aux médias la veille de la dixième Marche mondiale du cannabis. Un méchant hasard ou un message codé à l’intention des jardiniers en herbe, des growshops, du Circ et de sa devise : « Contre la guerre à la drogue, cultivons notre jardin » ?

Encore une fois, voulant montrer au bon peuple qu’elle ne lâche pas le morceau, la Mildt a consacré beaucoup de temps, d’énergie et d’argent à la seule fin de gâcher la vie de quelques passionnés de jardinage qui, pour se fournir, n’auront plus comme recours que le marché noir avec les multiples risques que cela comporte.

Rien que le procédé – pister des jardiniers comme s’ils étaient des terroristes alors qu’ils ne présentent aucun danger pour la société – n’est pas très élégant. Étienne Apaire, qui dit craindre « que le crime organisé ne mette la main sur cette production nationale à l’image de ce qu’il se passe en Grande-Bretagne où les mafias vietnamiennes s’en sont emparées  », se couvre non seulement de ridicule avec ses onze « armoires de culture » saisies, mais favorise aussi l’installation de ce qu’il voudrait combattre.

Les autres arguments du patron de la Mildt pour justifier cette tentative de déstabilisation du peuple de l’herbe ne sont guère plus convaincants : le jardinier d’intérieur produisant une herbe très riche en THC (de 20 à 25 %) est souvent «  victime  » de surproduction, ce qui le pousserait à se lancer « dans un trafic local », nous dit-il en substance (4).

En baptisant « Cannaweed » l’opération menée conjointement par la Mildt et l’Octris, le pouvoir cherche à semer la panique chez les utilisateurs du « portail francophone de la culture du cannabis » et à les priver d’une information précieuse et multiple car avant d’être un site d’échanges entre cannabiculteurs, Cannaweed est un site politique militant pour une consommation raisonnée et raisonnable.

Jean-Pierre Galland,
Lettre du Circ à Etienne Apaire (pdf 68.8 ko)
Lettre d’Étienne Apaire au Circ (pdf 708.7 ko)


5) P.14 : Marche Mondiale de la colère

Pour son dixième anniversaire, quinze organisations soutenaient la Marche mondiale du cannabis en France et dix villes participaient à l’événement. Autre innovation de cette édition 2011 : la Marche, qui se satisfaisait les années précédentes d’un rassemblement statique place de la Bastille, tentait le pari de défiler dans les rues parisiennes.

Comment expliquer cet engouement subit pour une manifestation qui était jusqu’ici essentiellement portée par Cannabis sans frontières ? Nous avions tous en mémoire la création, en 1998, du Collectif pour l’abrogation de la loi de 1970 (CAL 70) suite aux procès du Circ et d’Act Up pour « présentationdes stupéfiants sous un jour favorable »,et la manifestation organisée dans l’élan qui a rassemblé plus d’un millier de personnes… Nostalgie d’un temps où l’on croyait à une possible évolution de la loi, une impression renforcée par l’arrivée de Nicole Maestracci à la tête de la Mildt ? Non ! C’est la colère qui en 2011 nous a réunis, la colère contre un gouvernement qui fait tout pour échapper au débat pourtant indispensable sur la place du cannabis dans notre société.

Un succès médiatique

Si la Marche mondiale a été un succès (pas en nombre, même si nous étions 600 à 800 personnes à battre le pavé dans la bonne humeur), elle le doit à l’énorme travail accompli par quelques militants d’Asud, de Cannabis sans frontières et du Circ. Le texte, amendé par toutes les organisations et repris sur un flyer distribué à des milliers d’exemplaires dans toute la France, constitue une plate-forme de revendications citoyennes (que je vous invite à lire si ce n’est pas déjà fait – ndr : ci-dessous) dont nous devrions nous inspirer dans l’avenir.

Son succès, la Marche mondiale le doit au nombre de médias présents place de la Bastille (5)… Il y avait même une télévision iranienne venue recueillir les revendications des uns et des autres pour « une autre politique des drogues ». Cette édition 2011 a également réuni une centaine de personnes à Lyon comme à Strasbourg, quelques dizaines à Aurillac, à Toulouse, à Marseille… Mais la palme du volontariat et du courage revient à un jeune Cognaçais qui annonce son intention, via la presse locale, d’organiser une Marche locale. Le 7 mai, les manifestants qui défilèrent dans la rue piétonne de Cognac se comptaient sur les doigts d’une seule main, mais cette initiative qui ne manque pas de panache méritait d’être soulignée. Lien officiel ; Archivé ici

Soutenus indirectement par la sortie de Pour en finir avec les dealers, le livre de Stéphane Gatignon et par Et si on légalisait le cannabis ?, une émission produite par France2 (Archivée ici), les organisateurs de la Marche mondiale 2011 ont réussi à entrouvrir un peu plus la porte du débat. Ne reste plus qu’à donner un coup de pied dedans pour qu’elle cède et que le thème du cannabis soit de la campagne présidentielle…

Jean-Pierre Galland

Flyers :

Vous pouvez vous procurer le magazine Asud n°47 en pdf par ce lien.


Notes

(1) S’orthographie aussi Bhang, à ne pas confondre avec la pipe à eau en forme de tube.

(2) Un ancien flic de terrain. Il s’agit de Serge Supersac, et pour le maire de Sevran, c’est Stéphane Gatignon.

(3) http://www.circ-asso.net/index.php?action=art&id=67

(4) Mouahahahahahahahahahahahahaha!

(5) Retrouvez les articles consacrés à cetévènement en tapant « Marche mondiale du cannabis 2011 » dans la rubrique actualité de Google. (ndr : ou en cliquant ici ou encore ici)

Tags: asud, circ, csf, dossier, Éric Chapel, Éric Schneider, Étienne Apaire, Jean-Pierre Galland, Laurent Appel, Lawrence Brooke, magazine, mildt

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