Fluctuat, le 11 sept 2011

Au cours de l’été, certains policiers et maires ont pris la parole dans les médias pour dire tout le mal qu’ils pensent de la politique du chiffre appliqués aux fumeurs de cannabis. Autant d’arguments qui appuient le combat du Collectif d’Information et de Recherche Cannabique (CIRC), même si son président Jean-Pierre Galland, joint par Fluctuat, tempère son hilarité.

Entretient avec Jean-Pierre Galland, président du CIRC

L’appel du 18 joint a beau être passé, le CIRC a signalé sa rentrée avec l’envoi d’un communiqué intitulé : “Le mur de la prohibition se fissure“. En voici la cause : “Depuis le 18 juillet 2008, le nombre d’interpellations pour usage de cannabis a encore augmenté de 5,6 %… Les fumeurs de pétards sont devenus “à l’insu de leur plein gré” la cible privilégiée des forces de police contraintes par le gouvernement de faire du chiffre. Cet été, le CIRC a relevé quelques évènements illustrant le ras-le-bol des premiers concernés, mais aussi de ceux qui sont chargés du maintien de l’ordre : les maires et les policiers”.
Alors que la Cour Suprême vient d’imposer la dépénalisation en Argentine, la France n’est toujours pas disposer à prendre le tournant de la régularisation. Interrogé par Flu, le président du CIRC relate même une atmosphère de plus en plus répressive.

Jean-Pierre Galland, ça vous donne de l’air de lire le ras-le-bol du maire de Sevran Stéphane Gatignon ou le rejet de la tolérance zéro par un policier anonyme dans Libé ?
Ce qui est important c’est que les mots d’un maire ou d’un policier montrent les limites de la répression. Depuis que la droite est au pouvoir, les policiers sont condamnés à contrôler les consommateurs de cannabis pour faire du chiffre. Il y a trois cibles privilégiées, les fumeurs de shit, les prostituées et les sans-papiers. C’est tout sauf une politique et beaucoup de flics en ont marre de faire un boulot qui ne leur plaît pas.

Ce ras-le-bol peut-il servir la cause du CIRC et des pourfendeurs de la prohibition ?
Ce qui est sûr, c’est que ce type de réactions vont se multiplier car le système est de plus en plus répressif. Prenez le cas de ce Gourdonnais qui se fait placer en garde à vue alors que ses plants sont prescrits par son médecin pour lutter contre la sclérose en plaque. Il n’y a qu’en France où le cannabis thérapeutique est hors-la-loi, moi j’appelle ça de la non-assistance à personne en danger !

Mais le vote massif pour Europe Ecologie aux élections européennes est une bonne note d’espoir ?
Oui, la présence de la sociologue Anne Coppel sur la liste, symbole du combat pour la baisse du risque et la régularisation du cannabis est positive. Maintenant il faut que les différents groupuscules anti-prohibitionnistes se regroupent autour des Verts et construisent un discours commun. Le problème, ce n’est pas que notre discours n’est pas sérieux ni crédible, mais les verts sont beaucoup moins à l’aise sur le sujet qu’il y a 10 ans, quand le CIRC travaillait de concert avec le groupe vert-drogue. A l’époque nous avions créé ensemble un collectif pour l’abrogation de la loi de 1970.

Est-il possible de relancer ce débat aujourd’hui ?
On a fait un vrai retour en arrière depuis… que la droite est au pouvoir (bis). Avant, le CIRC était sur les plateaux télés, le discours existait. Récemment, le président de laMILTD (qui s’occupe de l’application d’un plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies adopté le 8 juillet 2008) a demandé au CSA de retirer toute référence aux drogues dans les émissions. Le cannabis n’est plus un problème de santé publique ni un sujet de discussion, le fumeur n’est plus que sujet à répression.

Tags: chasse aux consommateurs, circ, interview, Jean-Pierre Galland, police, prohibition

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