13 septembre 2006

Nouveau succès populaire annoncé du cinéma alémanique, la comédie «Cannabis» raconte l’histoire d’un conseiller fédéral momentanément «accro».

A une exception près, le monde politique ne s’est jusqu’ici pas offusqué.

On a bien sûr un peu de la peine à les croire, le réalisateur et la productrice du film, quand ils jurent leurs grands dieux que la libéralisation des drogues n’est pas le thème de leur film. Un film qui se nomme… «Cannabis» et est sous-titré «essayer vaut mieux que gouverner»! En fait, expliquent-ils, il s’agit surtout de montrer les effets salvateurs de l’amitié et de la sincérité.

Il est vrai que l’amitié est au centre de ce film, sorti jeudi dernier en Suisse alémanique: celle qui lie peu à peu Remo, seize ans, écolier sans père à la recherche d’une place d’apprentissage, et le conseiller fédéral (ministre) Alois Mumenthaler.

Atteint d’un glaucome inopérable tant que sa pression oculaire restera trop élevée, le magistrat recourt aux services de Remo, rencontré par accident (au sens premier: Mumenthaler manque de l’écraser). Dealer occasionnel, l’ado va le pourvoir en cannabis, plus efficace pour son œil que les préparations chimiques licites.

D’abord peureux, le conseiller fédéral, magnifiquement interprété par Hanspeter Müller-Drossaart (que l’on voit partout actuellement, de «Grounding» à «Jeune homme»), s’initie avec Remo à différents modes d’absorption, jusqu’au joint.

Transformé, il retrouve le succès

Magiquement, le malade se transforme: non seulement son œil va mieux, mais son attitude plus détendue lui vaut un retour en grâces auprès du public et de sa femme, interprétée par la Romande Viviana Aliberti, qui, dans ce rôle d’épouse fédérale, mélange astucieusement le français et l’allemand.

Bien sûr, les ficelles de l’histoire sont un peu grosses et, si l’humour et le charme de nombreuses scènes font que l’on ne s’ennuie jamais, la surprise n’est guère au rendez-vous.

Le plaidoyer en faveur du cannabis est en outre très appuyé par une comparaison avec d’autres travers toxicomaniaques, licites ceux-là, calmants et alcool, absorbés par les deux méchants du film.

Séance privée pour les politiques

Alors, satire politique? Sûrement pas. Pas assez «gros», trop louvoyant entre une certaine fidélité et les débordements comico-critiques trop rares. Plaidoyer pour la libéralisation du cannabis? Assurément, même sur le mode comique, et même si ses auteurs s’en défendent.

Montré au festival Locarno en privé à une trentaine de parlementaires, «Cannabis» a convaincu les plus sceptiques, raconte le réalisateur Niklaus Hilber, 30 ans, né à Fribourg, dont c’est le deuxième long-métrage.

Seul le conseiller national radical bernois Kurt Wasserfallen s’est scandalisé, juste avant la sortie du film, de la subvention de l’Office fédéral de la culture (500.000 francs sur un budget de 2 millions).

La productrice Ruth Waldburger, grande dame du cinéma ayant à son actif une longue liste de chefs d’œuvre (Resnais, Godard, Robert Frank entre autres) précise que si un spécialiste du cannabis sous l’angle médical a été consulté, ce n’a pas été le cas pour les questions de prévention.

«Alcool plus problématique»

«Mais de nombreux professionnels s’accordent à placer l’alcool en première place des problèmes chez les jeunes», dit-elle. Le réalisateur de son côté est favorable à la libéralisation du cannabis, mais «avec des garde-fous, car le cannabis n’est pas inoffensif», dit-il.

Malgré son statut flou entre la comédie satirique et la comédie tout court, «Cannabis» est une belle rencontre, sobrement filmée, avec des personnages attachants. Sortie romande prévue en novembre.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann à Zurich

http://www.swissinfo.ch/fre/culture/Cannabis,_fausse_satire,_vrai_joli_film.html?cid=5438554

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