29/01/2010

Une phrase suggérant la libéralisation du pakalolo (cannabis), échappée de la bouche d’Oscar Temaru pendant les débats de l’assemblée anime les conversations cette semaine en Polynésie.

Les représentants de l’Assemblée examinaient, entre autres, un rapport concernant la lutte contre l’abus du tabac et le tabagisme. Ce rapport sur le tabagisme fait suite à la loi Evin, qui a été votée il y a dix-huit ans en Métropole… Celui-ci a fait l’objet de nombreuses interventions de la part des représentants, sans que celles-ci n’apportent de réelles avancées sur le contenu du rapport. Finalement, l’intervention de Hiro Tefarere, « l’homme qui pose des questions dérangeantes », comme il se qualifie lui-même, a lancé le débat sur la libéralisation du pakalolo (ou paka) en Polynésie française : « A-t-on évalué l’impact financier de cette mesure sur les recettes fiscales pour le pays ? Selon les chiffres fournis, elles s’élèvent à 6 milliards, alors que le trafic de paka est évalué entre 40 et 60 milliards ».
Et de demander au gouvernement de réfléchir à cette somme qui lui échappait. Le paka pour renflouer les caisses du pays !

Des zones franches dans lesquelles le cannabis serait commercialisé en toute légalité

Oscar Temaru a alors pris la parole pour suggérer la libéralisation du paka « à l’intention des touristes », en créant des zones franches dans lesquelles le cannabis serait commercialisé en toute légalité.
Il n’en a pas fallu davantage pour que des auditeurs imaginent les dealers transformés en vendeurs patentés et les planteurs en cultivateurs soumis à l’impôt afin de renflouer les caisses du pays, transformant la Polynésie en vaste plantation à destination des « touristes verts »… Une solution pour relancer le tourisme en Polynésie qui a fait dire au vice-président Édouard Fritch : « Les propos tenus par l’opposition sont aberrants ».
« Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit », s’est empressé de rectifier Oscar Temaru le lendemain, dans un communiqué du Tavini Huiraatira (lire l’encadré).
Reste que la nouvelle polémique qui agite la Polynésie a le mérite d’ouvrir à nouveau le débat sur la culture du cannabis dans ce pays.

(Avec LNT et La Dépêche de Tahiti)

« Il faut faire preuve de réalisme »
« En France, l’un des pays européens les plus sévères en la matière, les forces de l’ordre ne s’intéressent plus aux petits trafics de cannabis et de haschich, rappelle le communiqué du Tavini Huiraatira, émis au lendemain de l’intervention d’Oscar Temaru. En Europe, plusieurs pays tolèrent l’usage du cannabis : l’Espagne, le Portugal, mais aussi la Hollande et la Suisse. Et c’est l’interdiction de l’alcool qui a permis à la mafia de se développer aux États-Unis. » Le Tavini a estimé que le chiffre de 40 milliards (montant du trafic de cannabis) était « exagéré ». « Il représente une consommation annuelle de 30 boîtes d’allumettes à 5 000 FCFP pièce par habitant, en comptant même les bébés ! » « Néanmoins, il est certain que le marché est important. Une demande existe, et pour la satisfaire, une production se met en place. Les usagers sont à l’origine du trafic et l’éradication du pakalolo n’est qu’une fable », dit en substance le communiqué.

« Mieux vaut faire preuve de réalisme et chercher comment notre société peut à la fois tolérer l’usage et protéger les plus faibles. » Le Tavini souligne enfin que cette économie parallèle « permet aux planteurs et aux vendeurs d’améliorer les conditions de vie de leur famille, de payer leur loyer, que la plupart de ces personnes sont des exclus de la société née de la bombe et qu’elles ne coûtent aucune aide ou subvention. Ces 40 milliards, si le chiffre est exact, repartent directement dans les circuits de consommation locaux,c’est de l’argent qui reste au pays. La question est encore loin d’arriver à une issue satisfaisante mais le débat est enfin ouvert ».

(communiqué du Tavini Huiraatira)

Ils ont dit
José Thorel, procureur de la République
« Pas l’affaire de l’Assemblée »

« La classification des produits qualifiés de stupéfiants est de la compétence exclusive de l’État. La question de la libéralisation du paka ne pourrait être débattue à l’assemblée de la Polynésie française si l’on considère le contenu de la loi organique de 2004 ».

Jules Ienfa, ministre de la Santé
« Ne comptez pas sur moi »

« ll ne faudra pas compter sur moi pour la libéralisation du paka en Polynésie. Ce n’est pas parce qu’en Hollande cela existe qu’il faut faire pareil en Polynésie. Cela reviendrait à déresponsabiliser complètement les jeunes. On me parle de difficultés économiques qui conduisent certains jeunes à se livrer au trafic de paka. Partiellement, c’est probablement vrai, mais pas complètement puisque, en définitive, il s’agit d’argent facile.
L’autre idée émise par Oscar Temaru concerne la légalisation de la vente à l’intention des touristes, ce qui ne me paraît pas acceptable non plus. Pour ce qui est de l’usage thérapeutique, il existe suffisamment de médicaments antalgiques pour ne pas en arriver à la culture légalisée du paka ».

http://www.info.lnc.nc/articles/article_71773_268041_71716.htm

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