Mis en ligne le 23/02/2010
Une clinique offre de l’héroïne gratuitement sous contrôle médical. Après de nombreuses dissensions, le Parlement lui a donné son feu vert.

Après presque vingt ans de débats et de controverses, le Danemark a décidé de suivre la voie des quelques rares pays européens (Suisse, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni) en offrant gratuitement de l’héroïne sous contrôle médical aux toxicomanes les plus dépendants de cette drogue.

Lundi, les premiers “clients”, volontaires, inauguraient la première clinique ouverte à cet effet, au nord-ouest de Copenhague.

Le décor pour y accéder est pourtant peu reluisant pour les nouveaux venus : un dédale d’escaliers à la peinture défraîchie à l’arrière-cour d’un immeuble en travaux, ressemblant tristement aux endroits où les toxicomanes s’injectent de l’héroïne dans certains quartiers de la capitale danoise. Mais passé la porte, un espace ultramoderne lumineux de 600 m2 s’offre au visiteur avec de larges baies vitrées, grande terrasse sur les toits, cafétéria, atelier de peinture, dessin et autre couture, et une vingtaine de box où les héroïnomanes viendront, sous la surveillance d’infirmières, s’injecter deux doses d’héroïne.

Médecin de cette clinique, à la tête d’une équipe de 7 infirmières et 6 assistants sociaux, Inger West Nielsen, se félicite que le Parlement danois, après bien des dissensions, ait choisi de légaliser la distribution d’héroïne sous surveillance médicale. “C’est une bonne décision car il existe un noyau dur de drogués (NdlR : de 300 à 400 selon les estimations sur les quelque 27 000 drogués du royaume scandinave) qui n’arrivent pas à se contenter d’une thérapie à la méthadone et qui ont toujours besoin de prendre de l’héroïne, dans des conditions dangereuses, et contractant ainsi des maladies transmissibles graves comme le sida et l’hépatite B et C, véhiculées par des seringues sales, maintes fois utilisées” , explique-t-elle.

En leur distribuant de l’héroïne, “propre”, achetée en Suisse, et sans risque de surdose, les autorités danoises espèrent aussi réduire la criminalité liée à la drogue, car les toxicomanes, en manque, sont obligés de trouver de l’argent chaque jour pour se procurer leurs doses. La clinique de Copenhague, dotée d’un budget de 30 millions de couronnes (4 millions d’euros, près la moitié de l’enveloppe budgétaire annuelle de 70 millions consacrée à ce programme) pourra recevoir jusqu’à 120 drogués par jour lorsqu’il sera pleinement opérationnel en 2011. Elle est gérée par la mairie de la capitale qui abrite la plupart des toxicomanes. Mais les autorités ne s’attendent pas au début à un rush des drogués “car ces gens-là sont réfractaires aux traitements et aux blouses blanches , selon le Dr Nielsen. On prévoit, dit-elle, attirer peu à peu les toxicomanes qui peuvent satisfaire ici leurs manques, et trouver un refuge pour se nourrir et s’occuper à différentes activités pour donner plus de sens à leur quotidien.”

Les candidats à la distribution gratuite “doivent être volontaires, et avoir été traités, sans succès, à la méthadone, pour en bénéficier” . Ils sont contraints également de venir deux fois par jour, 7 jours sur 7 et sans interruption, pour s’injecter leurs doses quotidiennes dans ce centre ouvert de 9 à 17 heures. Et toute interruption du programme signifie un retour à la case départ, selon les autorités. Une contrainte dure à accepter pour beaucoup, comme pour Ivan, 25 ans, un toxicomane anonyme. “On a les pieds et poings liés, car on ne peut rien faire de nos journées”, se lamente-t-il.

Mais pas question de déroger à ces règles strictes affirme l’Agence de la santé publique, ni de laisser les drogués emporter leurs doses par crainte de les revendre ailleurs, des doses fermées dans un coffre et gardées dans un endroit secret, et qui seront acheminées peu à peu à la clinique comme un transport de fonds.

Le programme d’héroïne gratuite coûte quatre fois plus cher par toxicomane que le traitement à la méthadone, mais il contribuerait, espèrent les autorités, à aider les plus dépendants à une meilleure vie et à réduire le nombre de décès dus à la drogue (près de 250 par an, notamment de l’héroïne) et la criminalité.

http://www.lalibre.be/actu/international/article/564413/danemark-heroine-gratuite-pour-les-plus-accros.html

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