LaMontagne.fr, le 9 août 201

Si l’un des trois dealers condamnés hier à Moulins tourne à quinze joints par jour, le fournisseur vendait « pour faire du fric ». 50.000 ? de chiffre d’affaires en dix-huit mois. Mais dix-huit mois de prison de bénéfice.

Éric Moine

Leur excuse n’a pas valu cher aux yeux du tribunal, hier à Moulins : « C’était pour joindre les deux bouts ». « Des vies pourries », insistent leurs avocats, Mes Micallef, Deschamps et Hillairaud. Seulement, même si leurs emplois de vendeurs dans la grande distribution ne rapportent qu’autour de 1.000 ? par mois à Gwenn Raoult et Julien Séry, 24 ans tous les deux, le président François Kheitmi laisse tomber, cinglant : « D’autres vivent avec le RSA ou une allocation handicapé et ne vont pas dealer pour autant ».

Gwenn Raoult, petit blond au bouc clairsemé, est un très bon vendeur. 28 kg de résine de cannabis écoulés sur la région moulinoise en dix-huit mois, d’après les recoupements des gendarmes (voir notre édition de samedi). Il ne consomme pas :

« J’ai essayé de me faire de l’argent. D’abord à des amis. Et puis, la demande? » Il a commencé par une plaquette de 500 g. En juillet, il débitait par kilos.

1,5 kg, c’est sa dernière livraison à Julien Séry, grand maigre aux cheveux bruns en pétard. Bon vendeur aussi : « Au début, je faisais du 400 ou 600 g en plaquettes. Et je me suis laissé entraîner par la demande. J’ai des frais, et je n’ai pas envie de taxer ma mère, alors? »

Alors il écoulait et, comme Gwenn Raoult, il entassait les liasses sous le lit. 13.000 ? saisis. Gwenn Raoult, qui évalue son chiffre d’affaires à 50.000 ?, snobait la banque. Car le bon vendeur est aussi bon comptable : « J’ai un tas d’amendes à payer, le Trésor public saisit sur sur mon compte ».

Bon vendeur, bon comptable, mais muet :

« Mon fournisseur habite quelque part. Je ne veux pas dire qui c’est, j’ai assez de problèmes comme ça ». Le procureur conçoit : « Vous basculiez du dealer amateur au professionnel, comme celui qui vous livre et, dans ce monde-là, ça se règle à coups de fusil. Mais vous aussi faisiez du fric sur le malheur des autres ».

Une autre juge, Marie-Laure Gauliard, détaille : « Vous pensez que quand, avec les stups, on se fout la cervelle en l’air, on vous en fournit une de rechange ? » Les deux dealers aux casiers quasiment vierges, admettent : « On fait du mal en vendant des produits nocifs ».

Ils ont jeté un coup d’oeil sur le troisième prévenu, Pascal Ginnain, 39 ans, secoué de tics : « C’est de naissance. Mais je fume depuis mes 15 ans. Maintenant, il me faut quinze joints par jour ». Le procureur traduit : « Ça veut dire défoncé 24 heures sur 24 ! » Ces derniers mois, il payait sa consommation en revendant sur Chevagnes et Thiel 5,6 kg de résine achetés à Gwenn Raoult : « Je vais avoir 40 ans, faut que j’arrête ».

Le tribunal a décidé de l’aider en le condamnant à un an de prison, dont huit mois de sursis avec mise à l’épreuve et obligation de soins.

Pour Gwenn Raoult et Julien Séry, même si les juges ont réduit les réquisitions du procureur, l’addition est plus lourde : trois ans dont dix-huit mois avec sursis et deux ans dont dix-huit mois avec sursis. Donc un an et demi et six mois ferme. Sans crédit : tous les deux ont été incarcérés.


La semaine de l’Allier, 10 août 2010

Moulins : jusqu’à 18 mois ferme pour les dealers qui arrosaient la ville avec du cannabis

photo d’illustration

Depuis quelques mois, un réseau de dealers vendaient du cannabis dans la région de Moulins. Certains membres du réseau ont été condamnés lundi.

Depuis le mois d’avril 2010, les gendarmes de Dompierre-sur-Besbre enquêtaient sur un réseau dans lequel des dealers étaient soupçonnés de faire du trafic de résine de cannabis.

Le 2 juillet dernier, la gendarmerie a procédé à l’interpellation de cinq personnes : une fille de 21 ans, trois garçons âgés entre 24 et 25 ans, et un autre de 40 ans. Pendant les perquisition, ce sont plus de 12000 euros qui ont été découverts, 1,2 kg de résine de cannabis, ainsi que 70g de cocaïne.
Jugement

Hier, au tribunal de grande instance de Moulins, la justice a condamné les deux garçons âgés de 25 ans à dix-huit mois de prison ferme pour l’un et six mois ferme pour l’autre. La troisième personne jugée, de 40 ans, a été condamnée à un an avec sursis dont deux mois ferme avec mise à l’épreuve et obligation de soins.
Depuis quelques mois, ce réseau revendait dans la région moulinoise, notamment dans le secteur de Chevagnes. Ce qui avait permis de se faire “un petit à côté”, estimé à plus de 12000 euros, selon ce que les gendarmes ont retrouvé sous un lit pendant les perquisitions.
Les trois autres personnes interpellées, laissées en liberté, attendent leur convocation au tribunal.

Article rédigé par :
Pierre Destrade

Tags: condamnation, moulins, procès

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